Texte: Peter Hossli Photos: Stefan Falke

Le président américain, Barack Obama, est en ce moment même sur scène. Nous devons gagner la tribune. En Amérique, la campagne électorale est un vrai combat. Pour les candidats, comme pour les nombreux représentants des médias qui couvrent l’événement.
Plus de 15 000 journalistes s’agglutinent dans la Wells Fargo Arena à Philadelphie, et autant de délégués, politiciens et assistants, sans parler des gardes du corps. Nous sommes fin juillet, les démocrates tiennent leur convention nationale à grand renfort de ballons et de confettis. Pour la première fois, leur candidat aux plus hautes fonctions de l’Etat est une candidate: Hillary Clinton.

Voici les deux moments les plus forts d’un show bruyant et très coûteux qui se répète tous les quatre ans: les élections présidentielles américaines. Les Partis démocrate et républicain dépensent chacun un milliard de dollars pour cette campagne électorale. Laquelle commence toujours par une spéculation à propos des candidats potentiels. Puis viennent les candidatures. Chacun collecte de l’argent pour les primaires, puis abandonne si les chiffres, dans les sondages, sont mauvais ou lorsque les caisses sont vides. A la fin, il ne reste plus que deux candidats. Cette fois, ils ont pour nom Clinton, du côté démocrate, et Trump, du côté républicain.
Reportage sans filtre

Notre stratégie journalistique est simple: nous sommes trois sur le terrain, nous rapportons ce que nous voyons et écoutons, sans filtre.
Notre objectif est d’utiliser les quatre canaux du Blick. Ce n’est pas si évident avec un décalage horaire de six heures avec la Suisse. A fortiori lorsque, à la convention des partis, on assiste à des scoops comme l’étrange apparition de Melania, l’épouse de Donald Trump, ou l’auto-hommage éloquent du président Barack Obama pour son propre mandat, ou encore la déclaration d’amour de Bill Clinton pour Hillary. Tout ceci bien après que la rédaction eut bouclé ses publications. Notre quotidien se doit pourtant d’être à la pointe de l’actualité et de se démarquer de la masse des informations. Tout comme le SonntagsBlick doit briller avec des reportages actuels.

A Cleveland, nous demandons à des délégués républicains ce qu’ils pensent de Donald Trump. Pour la plupart, l’important n’est pas tant de faire gagner Trump que d’empêcher à tout prix Hillary Clinton d’accéder à la Maison-Blanche.
Nous interviewons des femmes démocrates de Philadelphie: que pensent-elles de cette première candidature féminine? Si les plus âgées en sont fières, nous constatons que, pour les plus jeunes, Hillary n’est pas la candidate idéale.
De parfaits shows politiques

Mais le jeu en vaut la chandelle. Dans la salle, on rencontre Carl Bernstein, le dénonciateur du Watergate et le populiste néerlandais d’extrême droite Geert Wilders. L’occasion d’échanger quelques mots et de réaliser une interview. Le sénateur Carl Levin nous raconte comment il a eu la peau du secret bancaire suisse.
Mais un bourreau de travail doit aussi savoir se faire plaisir. Nous nous filmons en train de tester le merchandising pour fans d’Hillary Clinton et de Donald Trump: casquettes, maillots, affiches, tasses et porte-clés. Résultat des courses: Trump offre à ses partisans une sélection plus flashy et plus diversifiée. Chez les démocrates, les vêtements sont plus sobres. Détail croustillant: beaucoup de souvenirs, chez Donald Trump, sont fabriqués en Asie et en Amérique latine, bien que le candidat ait promis de rapatrier les emplois délocalisés en Chine et au Mexique.
Pendant quatre jours, les républicains mènent la belle vie à Cleveland, dégustant homards et cigares. La convention du parti rapporte quelque 300 millions de dollars à la ville. A dix minutes à pied de l’Arena, nous découvrons East Cleveland, l’une des régions les plus pauvres et les plus dangereuses des Etats-Unis. Les habitants sont pratiquement tous des Noirs. Le revenu annuel moyen est de 12 600 dollars. Des maisons décrépites et des voitures rouillées se succèdent. L’argent des républicains? Un coiffeur nous dit ne pas en avoir vu la couleur; voilà un sujet parfait pour dépeindre l’Amérique hors
Arena.

«Late night snack»
Jeudi soir à Philadelphie, ou plutôt déjà vendredi matin. Les derniers ballons retombent. Les haut-parleurs crachent du bon vieux rock. Le temps de tourner une dernière vidéo, d’écrire encore un article. Puis nous rentrons à pied à l’hôtel, à trois kilomètres de là. On a fini notre boulot et la faim commence à se faire sentir. Ces quatorze derniers jours, on n’a pas eu beaucoup le temps de manger. Chaque matin, à 3 heures, c’était hamburgers-frites chez Checkers. Ça sent la mauvaise huile de friture, on se croirait dans un tableau d’Edward Hopper. On a passé des moments formidables, travaillé comme des fous, couvert l’actualité politique sans filtre. Et quelqu’un dit: «Finalement, peut-être que nous recommencerons dans quatre ans. Peut-être.»